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gueulante

17 octobre 2002 - 20:30

Les nouvelles parentalités. Une nouvelle chance pour la famille ?


Les nouvelles parentalités : éclatement des normes ou avatar de la famille ?

Ouf ! Deux mères, deux pères ... Quel bordel ! Et l’enfant là-dedans ?

La parentalité : dernier privilège de la famille ?

Le droit peut-il décreter une fois pour toutes que ce qui est bien pour un enfant, c’est un couple hétérosexuel ?

Au nom de quoi, si ce n’est d’une idéologie naturaliste ou religieuse, l’Etat peut-il dire aux couples homosexuels « Vous n’êtes pas des parents » ?

Empêche-t-on les familles monoparentales d’exister sous prétexte qu’il n’y a pas d’homme dans le décor ?

Est-ce une adapatation de la vie moderne ou une dégringolade des normes ?

Nouvelles parentalités :des gays et des lesbiennes s’expriment

20 heures, le café Kan’h se remplit petit à petit. A l’ordre de ce jour, la gueulante numéro deux[1] consacrée aux nouvelles parentalités : comment gays et lesbiennes envisagent -ils leur parentalité ? 20 heures trente, la salle du Kan’h est noire de monde, le débat va bientôt commencer. Après une introduction, Michel Ange lance le débat . silence . et puis, pendant une heure et demi, les mots s’enchaînent, s’entrecroisent les uns à la suite des autres, points de vue convergents, pensée diffuse dépeignant des lendemains à imaginer ; bref, une qualité et une richesse dans les échanges d’idées que l’on aimerait entendre plus souvent. Expérience enrichissante que d’avoir participé à cet espace de discussion démocratique où chacun et chacune a pu donner librement court à sa parole.

Etre parent : avant toute chose un acte conscient, réfléchi et partagé.

Une des premières interventions d’une membre de l’assemblée (dans sa grande majorité gays et lesbiennes), reprise plus d’une fois par différentes voix au cours du débat, manifeste qu’être parent s’inscrit dans la longue durée : être parent n’a rien à voir avec une décision passagère, un caprice. Avoir un enfant est l’aboutissement d’un désir exprimé et partagé par le couple. A partir de cette évidence, les prises de parole vont se structurer autour du constat suivant : en présupposant que personne, au sein de la communauté homosexuelle, ne s’oppose radicalement à ce qu’un couple de gays ou de lesbiennes devienne parent, le fait d’être parent ne doit-il pas être pensé, réfléchi en fonction des questions que ce futur statut suscite tant chez les hétérosexuels que chez les homosexuels. En outre, les couples gays et lesbiens ne sont-ils pas amenés à se poser plus de questions - que les couples hétérosexuels - au sujet de l’enfant, de son intégration dans une société majoritairement hétérosexuelle.

Les nouvelles parentalités face à la loi et à l’évolution des mentalités.

L’absence de figure masculine ou féminine, selon le couple homoparental pris en considération, constitue une des barrières principales allant à l’encontre de l’acceptation de l’homoparentalité et à sa reconnaissance par l’Etat. Les raisons invoquées sont multiples : soit est mise en avant l’évolution lente des mentalités - un homoparent choque la sensibilité, le « bon sens commun » - , soit le refus catégorique se justifie en recourrant à un discours mettant en évidence la protection de l’enfant, et, son plein épanouissement qui nécessiterait impérativement la différenciation sexuelle des parents, condition indispensable pour que la structuration du futur sujet social puisse se dérouler de manière satisfaisante. Mais, quelles sont les critères utilisés pour évaluer les facteurs favorisant l’épanouissement optimal de l’enfant, et, surtout, quelles sont les bases évoquées pour la construction de tels critères d’évaluation ? En ce sens, n’est-il pas aussi important de prendre en compte l’équilibre du couple parental comme critère structurant le devenir de l’enfant ?

Les mentalités - héritières de la morale judéo-chrétienne - évoluent lentement, mais elles évoluent comme en témoignent les mutations sociales qui ont eu cours ces quarante dernières années (par exemple le statut des enfants nés hors mariage, les rôles masculins et féminins, .). Dès lors, comment concilier le fossé existant entre la loi, en principe accessible de façon identique à tout le monde - en vertu de l’égalité éthique qu’elle suppose - et la réalité des faits : les couples gays et lesbiens n’ont actuellement pas accès au mariage et à la reconnaissance parentale conjointe (en termes d’autorité parentale, de procédure juridique en cas de décès, de séparation, . sans parler de la filiation). Doit-on y voir le reflet d’une rupture sans appel entre les réalités telles qu’elles se construisent au quotidien et l’inertie de la morale prédominante dans notre société ; le monde politique, par l’intermédiaire de son agir législatif, est-il en mesure d’atténuer le divorce croissant entre l’évolution sociale et la morale ?

Les nouvelles parentalités et le langage social.

Au delà de l’aspect légal, se pose également le problème de vocabulaire, des termes de référence : comment nommer l’autre parent ? L’identité de parent est un terme générique mais elle ne rend pas compte des réalités vécues par les couples gays et lesbiens dans leur manière d’accéder et de vivre leur parentalité . Celle-ci résulte de quatre formules possibles : la recomposition familiale ( un des partenaires -ou les deux- du couple gay et lesbien était déjà parent avant de former couple), l’adoption, l’insémination artificielle (exercée directement dans le cas des lesbiennes, indirectement dans le cas des gays via une mère porteuse), un accord entre un couple gay et un couple lesbien pour avoir un enfant ensemble et en assurer l’éducation alternée. Pour chacune de ces formules, la façon d’énoncer et dire son identité de parent est différente. Certes, s’il convient de faire preuve d’imagination en trouvant des termes permettant de signifier la différence entre le parent biologique et le conjoint de ce parent (cas de l’insémination artificielle) ou bien de refléter l’exercice de la pluriparentalité (cas de la famille recomposée et de l’enfant issu de l’ accord entre un couple gay et un couple lesbien), il n’empêche qu’à un moment ou un autre, la nécessité de l’existence d’un cadre juridique revient avec force : quelle nom de famille donnera-t-on à l’enfant, qu’adviendra-t-il lors du décès d’un des parents ou de séparation du couple, . ?

Les nouvelles parentalités : vers l’engagement collectif.

Il est donc évident qu’il est très difficile d’échapper à tout cadre normatif : qu’il s’agisse de la filiation, des questions inhérentes à l’exercice de la parentalité, force est de constater que dans tous ces cas de figures, on est en butte à une vision hétérosexuelle de la normalité, d’une tradition qui plonge ses racines dans un discours valorisant le biologique, le « naturel ». Par conséquent, n’est-il pas opportun d’en revenir à un point de vue spécifiquement homosexuel, d’un regard critique quant aux genres, allant à l’encontre de l’enfermement de ceux-ci dans une logique hétérosexuelle basée sur l’existence d’une différence sexuelle érigée en norme invariante, inébranlable et ahistorique.

On ne naît pas parent, on le devient, ce sont les circonstances de la vie qui font, qu’à un moment déterminé, la parentalité se matérialise.

Comment alors penser la loi en d’autres termes qu’une structure excluante, et, surtout, comment convient-il de procéder quand un couple gay ou lesbien désire avoir un enfant, quel est le mode de procréation le plus adéquat pour assurer l’équilibre de l’enfant à venir, pour respecter au mieux ses droits ?

Arrivé à ce stade de la discussion et la fin étant proche (toujours cette fichue contrainte temps !), une idée émerge et semble faire consensus : la parentalité est un engagement et l’éducation des enfants par les couples gays et lesbiens doit être pensé en termes d’éducation collective, reflet de l’engagement collectif qui serait à la base de la parentalité homosexuelle.

Les nouvelles parentalités apporteraient donc un regard nouveau, une manière différente de concevoir l’être parent, la parent collectif. Mais la difficulté n’en reste pas moins entière :comment articuler cette volonté manifeste d’engagement collectif avec la morale dominante et la pensée politique actuelle ?

Le débat ne fait que commencer ..

Patrick Govers

Service d’études

Ligue des familles

[1] La gueulante, initiative de l’asbl Genres d’à côté, en collaboration avec le café Kan’h, a comme but de susciter des débats et prises de parole, ouverts à tout public, autour et alentour des réalités gays et lesbiennes. L’activité a lieu un jeudi par mois. La prochaine Gueulante (n°3) aura comme thème l’homophobie et la lesbophobie.



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