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gueulante

21 novembre 2002 - 20:30

Homophobie - lesbophobie : état des lieux...


Y a-t-il des différences entre l’homophobie et d’autres phobies sociales (comme la xénophobie, la mysoginie) ?

Réaction collective ou stratégie individuelle ?

La pleine acceptation de l’homosexualité est-elle le problème des seuls homosexuels ?

Les raisons qui soutiennent la phobie vers les minorités sexuelles sont-elles les mêmes que celles liées à d’autres phobies sociales ?

Se promener main dans la main dans la rue (par exemple) avec une personne du même sexe, est-ce un acte politique ?

Quelle est VOTRE réaction en cas de discrimation homophobe ? Réaction collective ou stratégie individuelle ?

Homophobie, lesbophobie, état des lieux. Y’a t-il un sujet plus gay pour passer la soirée ?

Fin du boulot, tout juste, je cours, sandwich, pas sandwich ? Allez non, ce serait bête de rater le début de la soirée. 20h30, voilà donc le Kan’h, sympa comme café ! Déjà dur de trouver une place, ça se pousse un peu à gauche, à droite, ça y’est, j’ai trouvé un coin, je ne bouge plus. Les gens continue à arriver, mince, je ne pensais pas que le sujet attirerait autant de monde, les derniers devront rester debout, c’est la loi de la jungle !

20h50, Michel Ange affûte sa voix, se lance. Le débat est lancé, 1h30 pour gueuler, go ! Un petit couple de vieux quitte discrètement le café.

L’Eglise coupable ?

Première intervention, exemple à l’appui, qui place l’Eglise sur le pilori : pourquoi les valeurs prônées par une religion auraient-elles plus de poids que la liberté individuelle ? Une personne rappelle qu’il est fort difficile pour un Etat de pénétrer au sein d’une doctrine religieuse : l’Etat peut condamner des faits, pas des valeurs.

Le sujet inspirera tout au long du débat, plusieurs personnes estiment que l’Eglise intervient beaucoup trop dans le système normatif social, que nombre de lois sociales ont leur racine teintée de principes judéo-chrétiens. L’homosexualité serait condamnée car elle n’est pas vouée à des fins procréatrices et s’oppose au patriarcat : un homme soumis ne serait plus un homme (et les femmes là-dedans ?). Aujourd’hui, si la sodomie et d’autres pratiques sexuelles non vouées à la procréation sont communément admises, l’homosexualité, elle, n’a pas encore passé le cap. L’Eglise catholique lance un discours contradictoire : 1) les homosexuels ne sont pas coupables de leur homosexualité (soyez gentils avec eux, SVP !. et les femmes là-dedans ?), 2) les écrits religieux condamnent fortement la personne homosexuelle.

Un autre d’ajouter que le rejet de l’homosexualité est surtout dû à une interprétation de la Bible et d’ailleurs. l’hypothèse que Jésus était homosexuel n’est pas à rejeter (si, si, il existe même un livre !). Mais après tout répond quelqu’un, qu’est-ce que ça change ?

La psychanalyse coupable ?

Haro sur les psy (eh ! ’ sont pas tous comme ça ;-) !) et leur maudite psychanalyse qui vient entériner l’idéologie naturaliste et distille un discours trop souvent pris pour une science au sein de l’opinion publique. Ouais, enfin « Freud c’est dépassé ! » déclarera une femme de l’assemblée. Pas si sûr. Dans une société qui évolue à la vitesse de la nôtre, les gens ont tendance à se tourner vers les personnes désignées « expertes » pour obtenir une réponse à leurs questions. le problème c’est qu’il ne peut vraiment y avoir d’expertise sur un sujet qui relève de l’opinion.

L’inégalité des genres coupable ?

La question principale peut être résumée ainsi : « qu’est-ce qu’être un homme, qu’est-ce qu’être une femme ? ». L’homophobie viendrait du sexisme que l’histoire a rendu inséparable de la domination masculine. De fait, les modèles de genre sont rigides : un homme homosexuel n’est pas tout à fait un homme, une femme homosexuelle n’est pas tout à fait une femme. Pourtant, la sexualité est loin d’être aussi binaire qu’on le croit, il y’aurait plutôt une sorte de continuum entre homosexualité et hétérosexualité. Seulement la pensée des hommes/femmes est malheureusement trop souvent binaire.

La question du genre en éveille d’autres : gay-guerres.

Un homme pointe du doigt le machisme qui règne dans les associations gayes et qui ne rend pas facile la vie aux femmes. Mais. après tout, pourquoi les femmes s’investissent si peu dans les associations gayes ? Une femme intervient et rappelle que ce sont des lesbiennes qui ont commencé la lutte pour la reconnaissance et non des gays (quelques mouvements de protestation dans la salle). Seulement si c’est surtout de ces derniers qu’on parle, ce n’est pas pour rien. Une autre parle d’une hiérarchie « hommes/gays/femmes/lesbiennes » (tout le monde n’est pas d’ac’ à 100%). Les femmes sont doublement discriminées : 1) en tant que femmes, 2) en tant que lesbiennes.

Michel Ange calme le jeu et recentre le débat.

L’ignorance coupable ?

Plutôt que de parler de peur (phobie), certain(e)s préfèrent parler d’ignorance. La personne homosexuelle est à la fois trop différente et trop semblable pour que les gens s’y retrouvent. L’homophobie serait essentiellement due à un manque de connaissance qui laisse place à tous les préjugés possibles et imaginables. Un groupe minoritaire serait plus facilement attaqué qu’un groupe majoritaire. et ce ne serait pas au désavantage de l’identité du groupe majoritaire.

Les personnes homosexuelles coupables ?

Plusieurs rappellent le fait que le discours homophobe se reproduit même au sein de la communauté gay / lesbienne à travers une critique des images qui correspondent aux stéréotypes (le gay efféminé, la lesbienne butch) : le côté de la Gay Pride avec ses folles emplumées de toutes les couleurs est trop souvent critiqué alors que les premières à être tolérantes et à combattre les préjugés ce devraient être les personnes homosexuelles elles-mêmes. Un homme tranche : les homos sont les premiers responsables de l’homophobie donc les premiers à pouvoir faire bouger les choses !

Il est vrai que l’homophobie intériorisée fait des ravages, notamment dès que l’on parle de suicide. de là à dire que les homos sont les premier(e)s responsables, il y a une marge !

Stratégie collective ou stratégie individuelle ?

L’essentiel du débat a finalement tourné autour de cette question. Actuellement, les stratégies collectives visent essentiellement à modifier les textes de lois (adoption, mariage, loi anti-discrimination). Changer les lois va t-il changer la société ? La salle s’anime, les points de vue divergents et convergents fusent de toute part, ambiance-ambiance !

Pour certain(e)s, « NON ! », arguments :

  • Le comportement existe et la loi l’entérine, ce n’est pas la loi qui innove les discours sociaux. Les conditions sociales pré-existent à l’apparition d’une loi, ce n’est pas le législateur qui fait évoluer une société. La société évolue elle-même.
  • Une loi (ex : anti-discrimination) est restrictive, elle interdit plutôt que d’autoriser. Ce qu’il faudrait, c’est changer la forme pour lui donner un côté protecteur.
  • Il faut laisser le temps au temps, laisser faire les choses, il y’a déjà eu pas mal de changements, rien ne sert de brusquer, les gens ne sont pas prêts et cela risque de créer plus de tord que de bien. L’homophobie a évoluée mais elle est encore bien présente. Mieux vaut agir d’abord là-dessus avant de se perdre dans les lois car on passerait à côté de l’essentiel.
  • La loi n’empêchera pas que des faits discriminants aient lieu (ex : le racisme). Aucune loi ne peut empêcher qu’il y’ait des injures. Les gens n’oseront peut-être plus crier haut et fort leur homophobie mais ce n’est pas pour cela qu’elle disparaîtra.
  • Si c’est pour que la loi restreigne les propos homophobes des gens, ce n’est pas une victoire : ce que les gens ne disent pas, ils le font (par exemple par l’intermédiaire du vote pour des partis homophobes).
  • Les stratégies individuelles sont meilleures qu’une loi. Il serait plus intéressant de dédramatiser l’homosexualité à l’école (dans les manuels scolaires, les histoires.) que de se battre pour un texte de loi.

Pour certain(e)s, « OUI ! », arguments :

  • Un texte légal est une référence. Sans texte légal, le libre arbitre est de mise.
  • La loi vient dire quel est le message de la société même si elle n’est pas toujours efficace. Elle permet de remettre les choses à leur place, de dire « ce n’est pas l’homosexuel(le) qui est hors la loi, c’est l’homophobe ».
  • La loi doit exister pour dire : « votre comportement est asocial ».
  • C’est important qu’il y’ait une protection minimale, c’est une balise primordiale.
  • La loi va précéder l’évolution des mentalités et l’accélérer. Ce sont les modifications de la loi qui aide au changement. Par exemple, dans le cas du racisme, la loi a permis une inversion des valeurs : il existe un malaise à se dire raciste.
  • La loi va permettre aux pratiques qui existent déjà actuellement (homoparentalité, cohabitation.) d’être reconnues et donc connues du public. Cette connaissance (et reconnaissance) va permettre de favoriser l’évolution des mentalités plus rapidement que n’importe quelle stratégie individuelle. Le changement social nécessite l’action collective.

A côté de ces deux pôles d’opinions, l’on retrouvait toute une série « d’entre deux » préconisant une alternance entre les stratégies individuelles et collectives. A chacun(e) de choisir le mode d’action qui lui convient le mieux.
Quelques idées d’actions possibles.

  • Se promener la main dans la rue est une liberté mais c’est aussi une stratégie individuelle.
  • L’information dans les écoles : travailler sur l’acceptation de cette information au sein du corps professoral.
  • Faire passer la réalité homosexuelle dans la réalité courante : films, publicités (même si cela peut être récupéré à des fins commerciales), contes pour enfants (cfr. « le prince au bois dormant »), littérature, musiques, manuels scolaires (cfr. apprentissage du néerlandais à travers l’histoire d’une famille homoparentale).
  • Toutes les petites actions quotidiennes qui peuvent faire réfléchir les gens (cfr. prévenir les acheteur lorsqu’un CD reprend un discours homophobe qui appelle à la violence).
  • Faire en sorte que la publicité des campagnes politiques concernant l’homosexualité ne soit pas uniquement faites au sein du mouvement homosexuel (= que les gens, pas seulement les homosexuel(le)s, sachent que les partis pour lesquels ils votent sont favorables à l’égalité des sexualités).

Le débat termine ici. Toutes les questions n’ont pas été abordées mais l’enthousiasme des « Kan’h iens et Kan’h iennes » les a guidés vers les sujets qu’ils/elles avaient le plus à cour !

J’ai été très heureuse d’être parmi vous ce soir. merci !

C. B.



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